Retours d'expériences

Certains membres du Forum des Living Labs en Santé et Autonomie, ont exprimé leurs ressentis à travers le partage de leurs expériences dont voici quelques verbatims choisis :

« Le living lab, cela vit, ce n’est pas quelque chose de figé. Cela varie selon les sujets. Il ne faut pas trop figer les choses. »

« Dans Living Lab., le mot « Living » invite les personnes dans le laboratoire, de sorte qu’elles soient introduites dans l’univers des technologies. Les technologies sont là, mais il manque une réflexion sur la complexité. Les questions économiques n’ont pas non plus été tellement abordées. Il y a aussi les questions de l’énergie, des automatisations utiles à domicile. L’idée, dans les Living Labs, c’est de créer des environnements, de les simuler de façon réaliste, de façon que les personnes puissent le « sentir ». »

« Des scénarios sont élaborés selon divers points de vue: dans la perspective du médecin, lorsque le patient vient à la consultation ; ou dans celle du patient, quand le médecin vient lui rendre visite, par exemple. Ceci éclaire la façon dont on doit regarder l’interaction patient-médecin dans le contexte de la télémédecine. Il faut étudier comment les perspectives se déroulent en parallèle et poser les questions : faut-il un grand écran ? Comment chacun se présente-t-il à l’autre ? Qu’est-ce que chacun voit de l’autre, de son environnement ? »

« On s’aperçoit que c’est très différent d’imaginer et de montrer. Nous apportons les moyens de rendre visible ce qui est envisagé pour le futur. L’idée, c’est de mettre ces dispositifs nouveaux sur une plateforme réaliste. Nous espérons développer des méthodologies pour capitaliser sur ce type de connaissance, comment les gens réagissent, acceptent les technologies, et mesurer cela. Il s’agit de le faire dans différents contextes, pour différents types de réalisations, pour le diagnostic, le monitoring, pour des fonctions entre les mains du patient, ou pour des équipements. »

« De nombreuses compétences étaient autour de la table… On a montré qu’il était possible de travailler, de trouver des positions consensuelles. On a aussi compris que nous étions légitimes à travailler ensemble. J’ai l’impression d’avoir partagé le même rêve avec les autres participants. »

« Au niveau méthodologique : oui à la convivialité, à la mobilisation des outils. Mais à eux seuls, ils ne font pas le co-design. Peut-on rêver à tous les possibles ? Pas complètement : pour déboucher, il faut mieux cerner les choses. »

Innovation pour la santé : le pôle Saint-Hélier

Roland Le Bouëdec, Le Mag Numérique, 29 Novembre 2016

Un fauteuil roulant capable d’éviter les obstacles, une appli mobile pour trouver des toilettes adaptées, un jeu sur tablette pour se rééduquer à la maison… Le pôle Saint-Hélier, établissement de santé rennais et membre Images & Réseaux, participe activement à l’innovation technologique au bénéfice des personnes handicapées. Parmi ses partenaires : des universitaires, des écoles d’ingénieurs, et aussi des startups !

Centre de médecine physique et de réadaptation, le pôle Saint-Hélier est spécialisé dans la prise en charge de handicaps moteurs et cognitifs. Sur l’année 2015, il accueilli environ 5000 patients : polytraumatisés, lésés cérébraux, malades atteints de la maladie de Parkinson… Toutes personnes qui nécessitent une prise en charge par des programmes de rééducation et de réadaptation pour retrouver autant d’autonomie que possible dans leur vie quotidienne.

Nouveauté en 2016, l’établissement est membre fondateur du Living Lab ISAR avec la collaboration de la FEHAP et du Forum LLSA (Innovation Autonomie Santé Rennes). Une démarche d’innovation ouverte qui favorise l’interaction entre la recherche, les entreprises, les professionnels de santé et les usagers, dans un esprit de co-conception participative. ISAR fait partie du Forum des Living Labs Santé Autonomie www.forumllsa.org.

Évaluation clinique de projets

Le pôle Saint-Hélier cultive un attrait particulier pour l’innovation technologique, « dès l’instant où elle bénéficie aux patients », précise Bastien Fraudet, cadre rééducateur et coordinateur de la cellule recherche. L’établissement est engagé depuis une vingtaine d’années dans la recherche clinique. Mais c’est avec l’arrivée des robots de rééducation et des premiers outils de réalité virtuelle, dans lesquels Saint-Hélier a investi dès leur apparition, en précurseur, que l’intérêt pour l’innovation technologique s’est affirmée. « C’est ce qui nous a amené à participer ensuite à des projets de recherche-développement, en particulier avec l’INSA Rennes, en tant que structure d’évaluation et de mise en relation avec des patients susceptibles d’utiliser ces nouveaux outils. »

À quoi Émilie Leblong, médecin, ajoute du concret pour illustrer : « L’objectif pour nous, en tant que soignants, c’est de coller au besoin de l’usager dans sa vie de tous les jours. Par exemple, les patients avaient exprimé leur difficulté à trouver des toilettes adaptées. Besoin que nous avons relayé aux étudiants de l’INSA. Eux, nous ont proposé une solution technologique : une application collaborative sur smartphone qui permet d’ajouter des commentaires sur l’accessibilité effective, avec aussi un dispositif de géolocalisation. »

L’accompagnement d’une startup

Récemment, le pôle Saint-Hélier a accompagné la jeune pousse rennaise Beyond Your Motion dans la définition et l’évaluation de son produit. BYM est une solution d’auto-rééducation utilisant une tablette et un capteur. Elle offre la possibilité de pratiquer un programme d’exercices ludiques à la maison tout en permettant l’observance : le suivi par le médecin de la fréquence des exercices et des progrès réalisés. (Voir notre article).

Pour Bastien Fraudet, l’histoire de BYM est un exemple réussi de partenariat avec une startup : « Les deux porteurs du projet sont venus nous voir avec un produit d’évaluation du mouvement pour l’activité sportive, afin d’imaginer si cet outil pouvait avoir une utilité pour les patients. Rapidement, nous sommes tombés d’accord qu’il fallait en faire un outil de rééducation. Voilà comment est né BYM, à la fois de leur expertise technique et de notre vision clinique du bénéfice réel et scientifique que l’outil peut apporter. »

Structurer l’innovation ouverte

C’est notamment cette expérience avec BYM, où le pôle Saint-Hélier n’intervient plus seulement en évaluateur mais où il participe à la définition de l’outil, qui a contribué à la décision de structurer l’innovation ouverte en créant le living lab ISAR. « Il existe aujourd’hui une convergence entre besoins cliniques, avancées technologiques et clarifications réglementaires qui permettent d’avancer », estime Edith de Saint-Victor, responsable stratégie et développement. « L’avantage de mêler les regards des cliniciens, des usagers, des chercheurs académiques et des entreprises permet, au final, d’améliorer à plusieurs la qualité de vie des usagers. »

Parmi les projets R&D auxquels le pôle Saint-Hélier a participé figure HandiVIZ, une solution d’assistance au pilotage de fauteuil roulant. Celle-ci fait aujourd’hui l’objet d’un prolongement par un nouveau projet labellisé Images & Réseaux appelé PRISME, impliquant aussi le lit communicant de Télécom Santé. Les quatre partenaires – Ergovie (porteur), INSA Rennes, Télécom Santé et pôle Saint-Hélier – développent cette fois une solution complète de suivi médical en milieu hospitalier et en extérieur capable de sécuriser le patient y compris dans ses déplacements.

Rencontre avec Thierry ROUSSET lors de la rencontre des Living Lab Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

Rencontre avec Thierry ROUSSET (chargé de mission développement économique filière santé DIRECCTE OCCITANIE) – à FOIX lors de la pépinière Bellissen le 2 juin 2016

Thierry ROUSSET, vous avez mis en place, avec Sandra CUVELIER, également chargée de mission Santé à la DIRECCTE LRMP) une première rencontre des Living Lab Santé Autonomie de la nouvelle Région OCCITANIE le 02 juin 2016 à Foix. Quels étaient les objectifs de cette réunion, une première en France ?

TR : il s’agissait de réunir les 5 living labs en santé et autonomie de la nouvelle Région, premièrement pour leur permettre de se connaitre et de se présenter, mais aussi pour poser les bases d’un réseau régional. Il nous semble important que des actions collaboratives soient entreprises, afin de développer ce réseau et chacun des LL.

Cette rencontre a été réalisée sous l'impulsion de la DIRECCTE Languedoc-Roussillon Midi-Pyrénées (unité santé-éco industrie) avec le concours du CGEIET (Ministère de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique), du Forum national des Living Labs en Santé et Autonomie, et d’Ariège expansion.

Qui avez-vous réuni pour l’occasion ?

TR :Outre la DIRECCTE, l’Ariège nous accueillait en force à la Pépinière CAP BELLISSEN, une pépinière d’entreprises intégrée à un EHPAD : Herve DENUDT, Chargé de développement à Ariège Expansion et chef de projet e-autonomie, le Docteur Lawrence BORIES, médecin gériatre auCentre hospitalier intercommunal du val d’Ariège (CHIVA) et 2 entreprises hébergées directement par Cap Bellissen : Gérard WOODHOUSE, Président de la SAS I-MEDS HEALTHCARE et Laurent BOULOC, associé au sein de la SAS OXYMA/Plateforme de téléassistance MADAM. Etaient représentés , le Pôle Autonomie Santé/L’ETAPE à Lattes va Eric PASTOR, Adjoint au maire de Lattes en charge du Pôle Autonomie Santé de Lattes et Pierre-Martin GOUSSET, chargé de mission « développement », la Fondation I2ML à Nîmes via Matthieu FAURE, docteur en informatique, responsable de la plate-forme et Margot DE BATTISTA, psychologue social et doctorante en psychologiemais aussi la société KYOMED à Montpellier : Daniel Laune, président et Marine Bertrand,Chef de projet Living Lab ainsi que le ConnectedHealthLab - ISIS - Ecole d'ingénieurs de Castres grâce à Bernard Rigaud, son Directeur.

Enfin, OpeNîmes/Nîmes Métropole était représenté par Emmanuel BOBIN,Directeur de Mission Attractivité - Santé et Numérique.

Pour illustrer parfaitement le périmètre des LLSA, leur caractérisation ainsi que leur dimension régionale, leur impact national, nous avons eu le grand plaisir de pouvoir organiser une visioconférence avec Robert PICARD, Référent Santé auprès du CGEIET et Président du FORUM des LIVING LAB SANTE AUTONOMIE.

Quels éléments la présentation de chacun des LLSA a-t-elle mis en valeur ?

TR :Les présentations et discussions tenues autour ont mis en lumière et confirmé une complémentarité des services ou plateaux technologiques et métiers des LL LRMP :

  • Ils évoluent sur des thèmes différents (établissements de santé, domiciles, établissements de soins, santé connectée, autonomie)
  • Ils apportent une expertise de l’amont de la phase de conception des produits à la mise à disposition via distributeurs ou vendeurs pour les utilisateurs finaux.

La mission de caractérisation des LL menée par le FORUM LLSA a également été présentée?

TR : Oui, Le forum a diligenté une mission de caractérisation des LL. Cette volonté de la France de caractériser les LLSA a rejoint une préoccupation européenne du même ordre. Ce besoin de définir des typologies (médical/handicap-autonomie/social ; accès marché et/ou technologie) s’illustre parfaitement dans la démarche LRMP de mise en réseau des Labs : identifier et mutualiser les compétences/services pour un regroupement et un travail commun, professionnaliser l’offre et rassurer les partenaires publics ou privés.

Comment cette caractérisation, reprise par une carte régionale produite par Robert PICARD de croisement des sphères d’excellence de chaque LLSA, va-t-elle être complétée ?

TR : Il est clairement apparu que les compétences de l’offre de service complétée d’un mapping des métiers recensés au service des entreprises (ingénieurs, ergothérapeutes, informaticiens, psychologues, médecins gériatres, etc…) ainsi que des expertises ou d’une expertise d’excellence par LLSA était stratégiquement nécessaire.

Au travers du regard particulier de la DIRECCTE, qu’apporte cette complémentarité des LLSA ?

TR : La complémentarité des identités ouvre de nouvelles perspectives économiques comme travailler sur des réponses conjointes à AAP par exemple, une seule réponse mais avec un bouquet constitué de plusieurs offres de service. Les Business Model sont ainsi potentialisés !

Le déploiement de la Loi ASV (Adaptation de la Société au Vieillissement) aura-t-elle des incidences pour les LL ?

TR : Il est apparu au travers des présentations qu’effectivement une nouvelle et autre piste pour les Living Lab pouvait être de concourir aux politiques publiques à travers les expertises techniques des dispositifs prévus par les nouvelles lois :

  • Mission d’éducation thérapeutique des patients (Démocratie Sanitaire, CAP SANTE, ARS)
  • Conférence des Financeurs (Loi ASV)

Qu’a apporté à la rencontre l’intervention de Robert Picard ?

TR : Robert PICARD nous a semblé très heureux de l’initiative LRMP qui correspond à une idée de réseautage local, en complément du travail conduit à l’échelle nationale. Il a expliqué les deux concepts distincts à l’origine des LL tels que nous les connaissons : « l’innovation ouverte » qui vient des USA et celui de « conception participative » d’Europe du nord. Outre une présentation du forum des LLSA, il a mis en avant la volonté d’être un collectif, rassemblant, outre les LL français, 1 LL Belge (Wallon) et 2 LL Canadiens. Par ailleurs, il a remis du cadre sur les questions relatives aux Business models des LL : A l’issue d’un travail fait dans le cadre d’un GT pour déterminer un BM type, 3 BM répondent maintenant, tirés de l’expérience, aux caractérisations définies par le FORUM.

Le FORUM des LLSA vous semble pouvoir être un atout ?

TR : Le forum peut être un levier pour faire connaître et reconnaître les LL auprès des acteurs publics de la Région : Au niveau national, le FORUM est représenté auprès des instances décisionnaires des politiques publiques de haut niveau (assemblée nationale, ministères), les initiatives bottom-up des LL en Région complètent la notoriété acquise via le FORUM.

Une Région a donc intérêt à connaitre et reconnaitre ses LL ?

TR :Les LL ont leur rôle en tant qu’accélérateur de développement économique des entreprises donc des Régions. Ils peuvent être, on l’a vu ici, dynamiques et moteurs. L’offre régionale est à marketer. Le FORUM relaiera les initiatives comme celle de LRMP et peut être sollicité lorsque des rencontres s’organisent avec les pouvoirs publics pour accompagner les démarches.

Une première rencontre qui est déjà un vrai succès, alors ?

TR : Il y a eu unanimité pour trouver cette rencontre pertinente et intéressante dans ses objectifs de connaissance mutuelle et de réseautage et un réel désir qu’elle continue.Elle sera un succès si la dynamique ne retombe pas à plat !

Quelles pistes avez-vous convenu d’explorer pour la suite ?

TR : Dans un premier temps, achever de définir et marketer, cartographier, l’offre LL LRMP. Les axes de réflexion vont mener à étoffer l’offre de service LRMP, à établir un descriptif des publics mobilisables pour chaque LL. Quant à la notoriété des LLSA, il va falloir convenir d’une identité commune et d’actions individuelles ou transversales permettant de faire valoir leur utilité auprès des pouvoirs publics. La question d’une stratégie de communication commune, augmentant la visibilité de tous, se pose également, appuyée par les agences régionales de Développement Economique. Enfin, la proximité de la Catalogne pose la question de la coopération transfrontalière, à envisager dans un deuxième temps.

Prochaine étape ?

TR : la DIRECCTE va réfléchir à la question des moyens éventuellement mobilisables pour accroitre la notoriété des LLSA régionaux et répondre aux nombreux objectifs repérés. Une réunion par semestre est instituée mais une rencontre réunira ceux qui le peuvent pour mesurer les premières avancées, à CASTRES, à l’Université d’été de la santé connectée les 6,7 et 8 juillet 2016, organisées par ISIS.